Lucien Vogel (Lucien – Antoine-Hermann) (1886-1954)

Patrick Manac’h, directeur de la Maison de la Photographie de Marrakech

Lucien Vogel (1886-1954)

Lucien Vogel avait 28 ans lorsqu’il fut mobilisé au Maroc et intégra le Service des Beaux-Arts, des Monuments historiques et des Antiquités1. Vogel, par ses origines familiales – son père l’avait formé aux métiers de l’imprimerie et de l’édition d’art-, puis par ses propres débuts dans l’édition, chez Hachette et Emile Lévy, par les relations développées avec Condé Nast aux Etats – Unis, apporta au Maroc un regard passionné qui devait, en un laps de temps fort court, produire deux remarquables ouvrages, « Soieries marocaines2 » et « Monuments mauresques du Maroc3 ».

Jean Gallotti souligna l’impulsion essentielle de Lucien Vogel dans la rédaction et la publication du livre « La maison et le jardin arabes » édité par Albert Lévy en 19264. En 1918, il rapporte un propos de Vogel « J’ai un grand nombre d’excellents clichés ; d’autre part, j’ai demandé à Laprade, architecte du nouveau Palais de la Résidence Générale, de me réserver un choix dans les charmants dessins dont ses carnets sont pleins : l’illustration ainsi est déjà assurée ».

On retrouvera chez Vogel, quelques années plus tard, la même obstination passionnée.  Ainsi, en 1930, il édita la magnifique série des kasbahs de l’Atlas, dessins et peintures rehaussés de métaux de Majorelle5. Henri Terrasse publiera en 1938 sur le même thème, particulièrement la vallée du Draa, suite aux campagnes militaires des années 19306.

L’œuvre photographique de Vogel au Maroc est considérable. Les archives du Protectorat à Nantes possèdent des plaques de verre, des tirages argentiques, dont l’inventaire serait utile. La Maison de la Photographie de Marrakech possède aussi un fonds Vogel. Ces clichés, et ceux de Jean Rhoné qui fut un collaborateur à Meknès et à Fès entre 1915 et 1917, en tirages argentiques ou en héliogravures apportent des informations précieuses sur des monuments dont l’évolution, parfois la perte irréparable, sont des joyaux du Maroc7. Ils soulignent la vulnérabilité d’édifices qui doivent leur survie à la volonté opiniâtre de quelques-uns. La raison sociale de bons nombre d’entre eux se perd au fil des générations, et aujourd’hui, à une période critique ou les médinas – celle de Marrakech plus précisément-  connaissent une désaffectation, une perte du sens totale, les legs architecturaux, décoratifs, sont en danger.

Vogel mit donc la photographie au cœur de son œuvre éditoriale, tout au long de sa vie. Son œuvre photographique au Maroc mérite d’être reconnue8. On ne peut que souhaiter que cette obstination à établir des campagnes photographiques soit inscrite dans le cursus des formations en architecture et dans tous les métiers du patrimoine.

Vogel, Mosquée de Tinmel, arcades de la cour intérieure, XIIe siècle

1- Le Service des Antiquités, Beaux-Arts et Monuments historiques, dirigé par Tranchant de Lunel, fut créé en 1912.

2- « LUCIEN VOGEL. SOIERIES MAROCAINES. LES CEINTURES DE FES ». Paris, Albert Lévy, 1922

3- LA NEZIERE (JOSEPH DE),Les Monuments mauresques du Maroc. Paris, Albert Lévy, 1922-1924 ; in-folio, xvi-27 pp. avec 100 planches en phototypie et en bistre de Lucien Vogel dont 4 en couleurs et illustrations in-texte ; sous chemise demi-toile. Avec une préface du Maréchal Lyautey.

4- Albert Laprade ( 1883-1978 ), diplôme de l‘Ecole nationale supérieure des beaux-arts, Paris, en 1907, architecte, architecte en chef des Bâtiments civils et des Palais nationaux de 1936 à 1960, adjoint d’Henri Prost, il participa à de nombreux chantiers au Maroc : la résidence de Lyautey à Rabat, la ville dite quartier Habous ( 1920 ).

5- Vogel, Jacques Majorelle. Les Kasbahs de l’Atlas. Paris, Jules Meynial, 1930, in –folio.

6- Terrasse, Henri, Kasbahs berbères de l’Atlas et des oasis, les grandes architectures du Sud marocain, dessins de Théophile-Jean Delaye, photographies d’Henri Terrasse, Paris, Horizons de France, 1938.

7- Les monuments mauresques du Maroc, Joseph de la Nézière, Paris, Albert Lévy, 1922-1924, Photographies Lucien Vogel.

8- La guerre terminée, le 15 juin 1920, l’américain Condé Nast confia à Vogel la version française de Vogue. L’édition française intégra fortement la photographie et particulièrement l’héliogravure. C’est par ce procédé qui reporte finement les dégradés de gris et de noir que Vogel réalisa l’édition des Monuments mauresques.  On retrouvera cette passion pour la photographie en 1927 quand il participa avec Charles Peignot de la fonderie Deberny-Peignot à la revue « Arts et Métiers graphiques », dans laquelle la photographie eut une place primordiale. 

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