Le jardin de Dar Moulay Ali

Patrick Manac’h, directeur de la Maison de la Photographie de Marrakech

Dar Moulay Ali reste, en dépit des évolutions profondes de la maison, un bâtiment intéressant. Il est, résidence princière, définitivement associé à Moulay Ali et à l’histoire de Marrakech dans la seconde moitié de 19èmesiècle. Nous avons déjà publié le récit de pèlerinage à la Mecque de Moualy Ali et de ses frères en 1853[1].
La façade de la demeure ouvrait autrefois vers le nord, sur le vaste espace où arrivaient les caravanes (plus tard construit par des intérêts franco-marocains et structuré en place). Par dessus le mur d’enceinte construit lors de l’élargissement de la chaussée, on aperçoit le fronton principal de la maison. Du côté de la chaussée, on devine, par les restes du jardin andalou avec fontaine et allées, malheureusement détruit par l’élargissement de la voirie. On peut regretter la perte de l’unité architecturale de l’ensemble, au moins en conservant à cette façade plus de recul. La maison ouvre désormais sur le jardin principal, par un préau longeant le grand salon. 

Le jardin intérieur du riad :

Lucien Vogel, grand riad de Dār Moulay ‘Alī, le jardin andalou, circa 1918. 

L’intérêt majeur de la résidence est d’être la seule demeure subsistante de son concepteur. 
Le jardin du riad est précieux : il est un exemple encore intact d’un jardin andalou de riad dans un édifice qui a gardé son agencement  général d’origine. 
Lors de sa prise de fonction en 2014, Eric Gérard, consul général de France à Marrakech, constata la nécessité de travaux d’assainissement. Cela fut l’occasion de conversations sur le concept du jardin andalou, et Eric Gérard décida de rétablir les décaissements des parterres, le principe des quatre allées, afin de conserver la cohérence du lieu.  
 Le centre du patio, autour de la fontaine, est un dallage de la fin du 19ème ou début 20ème. Lors des travaux, on trouva les kettaras anciennes. Si la décision ne fut pas pas prise de restituer le motif sur les quatre allées d’accès à la fontaine, l’élévation des allées fut maintenue, et la couverture en briques et dess restituée. La plantation du jardin a été refaite[2].
Dallage de la galerie et seuils de la porte de la chambre de la galerie. Lors des travaux d’aménagement il fut décidé de : 

  • Maintenir les briques rouges, et reprendre les joints.
  • Conserver le seuil en zelliges vert, dégradé, mais dont le motif d’origine est intact.
  • On trouva dans l’arcade de la porte du grand salon, sous les repeints, les motifs d’origine et des pigments. Une petite restauration faite par le Musée de Mouassine permit de dégager les couleurs.
  • On constata dans l’appareil de brique du mur gauche de ce salon la porte d’accès à la base du menzeh abattu dans les années 1920. 

Histoire :

Epitaphe de Moualy Ali, mausolée d’Abd Allah al-Ghazouani, Marrakech. La tombe d’une de ses sœurs se trouve à proximité. Photographie : Samir Aït Oumghar. Archives Maison de la Photographie.

Chaque fois que les fils de Sidi Muhammad arrivaient à leur majorité, leur père les mariait et leur donnait une jolie maison, avec parc, hors de l’enceinte de la Casbah, mais dans les quartiers de jardins qui la séparaient de la Médina. 
Ses fils Abd as-Salam, Ma’mun, Mussa et Hassan reçurent des domaines encore connus aujourd’hui. 

  1. Arsat al-Mamounia
  2. Arsat Moulay Abd as-Salam 
    Moulay Abd as-Salam, né en 1754, était frère utérin de Moulay al-Mamun. Il était lettré et composa plusieurs ouvrages. 
    C’est dans cette maison qu’en 1828, le capitaine Beauclair fut logé.
  3. Arsat Moulay Mussa
  4. Arsat Moulay Hassan
    Le dar Moulay Ali fut construit par le caid des Chiadma, Sulayman, confisqué par Sidi Muhammad qui le donna à son frère Ali.

Eric Gérard, consul général à Marrakech de 2014 à 2017, souhaita l’installation d’une salle consacrée à la mémoire de la résidence. La vie de Moulay Ali y était évoquée. Une plaque de marbre très émouvante dédiée au Corps Expéditionnaire Français en Italie dont l’héroïsme est indéfectiblement liée à l’histoire du Maroc, de la France, de la liberté, y fut exposée.

Dār Moulay ‘Alī 1912, Archives consulat général de France, Marrakech

Ce plan, reproduit dans « Dār Moulay ‘Alī, Marrakech », page 11, In Maison de la Photographie de Marrakech, 2017, montre nettement l’élargissement de la voirie. Le bassin du jardin andalou, les allées, le portique sont aussi très lisibles. Le jardin andalou ouvrait sur la ville par deux petites entrées. L’entrée principale s’ouvrait sur une cour et la cour des écuries désignée ici « parking ».


[1]Dar Moulay Ali, Marrakech, Patrick Manac’h, Catalogue Maison de la Photographie de Marrakech, 2017.

[2]« Il convient d’insister d’abord sur la dénivellation que présentent toujours les parterres et les allées. Cette particularité, créée par les besoins de l’irrigation, et qui est commune à toutes les plantations musulmanes, a, ici, pour effet de souligner fortement le caractère du lieu. De plain-pied avec les salles, les terre-pleins et les allées s’y incorporent, les continuent ; tandis que, nettement limités par ces allées qui les encaissent, les parterres semblent dans des pots. L’impression générale d’intérieur d’habitation, d’appartement planté et fleuri, en est grandement augmentée.
La décoration du jardin l’accentue encore.
Nulle part, dans un riad achevé, les pieds ne foulent la terre. Le marbre, les zellijs, les briques émaillées ou, au moins, les carreaux de terre cuite ou le dess, étendent partout leur froid tapis, exactement comme dans les chambres. L’eau sort doucement des coupes de marbre disposées avec symétrie et s’épanchent dans des vasques. De légères balustrades bordent les allées. Un ou plusieurs kiosques, peints de couleurs vivent, égayent la perspective, de leur silhouette enfantine …Souvent, dans les murs latéraux, prennent place des fontaines de mosaïques, sous des auvents d’une charpenterie savante, ou des loggias de repos, sous des plafonds aux nids d’abeille enluminés. Tout est ordonné, limité, construit. On est dans la maison, et les arbres et les fleurs sont des meubles et des bibelots. 
Cette indication d’ensemble vient de nous tracer le canevas de l’étude du jardin. 
Les terre-pleins et les allées sont, en réalité, de petites constructions, formées de murs, en briques ou en pierres, entre lesquels prend place une agglomération de gravats et de terre, que complète, à la partie supérieure, une couche de mortier de chaux pilonnée ou dess».
In Jean Gallotti, La maison et le jardin arabe, pp. 228-229.

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