Numérisation des films de René Bertrand par la Maison de la Photographie de Marrakech

Par Victoria Bernard, Musée de la Musique – Mouassine, Marrakech

Après la numérisation en 2008 par la Cinémathèque de Bretagne du film de Daniel Chicault « Paysages et Visages du Haut Atlas » de 1958, la Maison de la Photographie de Marrakech s’est engagée dans la constitution d’archives filmées. Suite à la visite à Marrakech d’André Bertrand, fils du photographe René Bertrand (1911- 1979) et de rencontres régulières à Paris, nous avons eu connaissance de 4 films des années 1960 précieusement conservés dans leurs boîtes de métal, dont son fils André Bertrand autorisa la numérisation.

René Bertrand (1911 Schweighouse, France – 1979 Marrakech, Maroc), « le photographe de Marrakech », s’installa au Maroc à partir de 1933. Éditeur de cartes postales et de tirages photographiques, il ouvrit à Marrakech une boutique avenue Mohammed V (autrefois avenue Mangin), dans le quartier de Guéliz. Son activité fut rapidement reconnue : Paris Match l’envoya à Agadir après le tremblement de terre de 1960 et il fut un des premiers photographes sur place et il filma les destructions de la ville. Il laissa probablement ainsi la couverture la plus abondante de l’événement avec les témoignages des frères Gautier du Studio Manuel à Agadir. Au début des années 60, il fut également choisi pour participer au premier ministère du Tourisme et à la création, en 1960, du festival du folklore de Marrakech. 

Village de l’Ourika avant le plateau du Yaour – Cortège escortant un vieil homme revenant de la Mecque, vers 1967

Le riche fonds photographique sur les Berbères de l’Atlas est remarquable notamment pour l’observation ethnographique. Documentant aussi bien les tenues, bijoux, coiffures et autres parures, que les rites et évènements de la vie de ces populations (notamment les mariages, le retour de la Mecque), René Bertrand témoignait dans ses photographies de sa passion pour les Amazigh. Il publia avec son fils l’ouvrage Tribus Berbères du Haut Atlas, édition Edita/Vilo, avec photographies en couleurs et en noir et blanc. Un ouvrage important édité par les Fonds Mercator, avec un texte de Michel Draguet (directeur général des Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique) sur les bijoux berbères sera prochainement publié avec de nombreux clichés de René Bertrand. C’est la passion qui guida Bertrand et donna à son travail l’acuité de l’ethnologue, source d’abondants matériaux d’études sur La Maroc.

Sans titre, Parures et bijoux. Mariée Aït Hadidou du Haut Dadès, vers 1960

La commémoration du tremblement de terre d’Agadir nous incite à montrer ici quelques clichés d’Agadir par celui qu’on appelle souvent  «le photographe de Marrakech»  et dont la tombe se trouve au cimetière européen de la ville.

Tremblement de terre d’Agadir, 1960

La Maison de la Photographie de Marrakech dispose d’abondantes  photographies de l’œuvre de René Bertrand grâce à la générosité de son fils. Cette relation a permis de scanner, trier, identifier et ainsi sauvegarder de nombreuses photographies, prises entre 1933 et les années 1980, illustrant ainsi une partie de l’histoire du Maroc et notamment de Marrakech et de sa région. 

En décembre 2019, André Bertrand nous confia quatre pellicules, quatre films des années 60, pour les numériser. J’eu alors la mission de les numériser à Paris. Nous avons ainsi pu redécouvrir ses films oubliés dont les copies numérisées sont désormais dans les collections de la Maison de la Photographie et deviennent accessibles pour le chercheur. Parmi eux, trois films d’environ 20 minutes chacun sont en couleur, sans son (hélas, les bandes sons ont disparu). 

  • L’une présente les entraînements de militaires marocains avec l’armée française dans l’Atlas
  • Une autre une daqqa marrakchia, où l’on retrouve Mohamed ben Hmiddouche surnommé Baba, né en 1919 et oncle d’Abderazaq Baba tristement décédé en 2020. Il s’agit là du plus ancien enregistrement d’une daqqa (1976), et d’autres extraits.
  • La troisième pellicule montre les festivités d’accueil du Négus à Marrakech. 
  • La quatrième pellicule est le film “Aux portes du monde saharien” de 1947. Ce film, en noir et blanc et avec son, a été réalisé par Robert Vernay, il retrace un voyage dans le Sud du Maroc. On peut notamment y voir un awach dans une kasbah, la fabrication de briques pour une construction en pisé, ou encore la vallée du Draa, certainement l’un des films les plus anciens de cette région. Bertrand était passionné par la région de Zaouiat Ahansal qu’il a abondamment photographiée.

Ces documents uniques ont pu, par ce travail de numérisation, être redécouverts, protégés et consultés.

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